UniversitŽ de Paris X Š Nanterre. UFR de Sciences juridiques. DEA HAJ. AnnŽe 2006-2007

Formation de lÕ Europe juridique (J.P. Poly)

                  LÕEurope politique et juridique se fait, sur quelles bases ? On sait la divergence entre familles de droit europŽennes, les droits hŽritiers de Rome, fondŽs sur la loi et lÕEtat, et ceux de la Common Law, censŽs fondŽs sur la coutume É et les juges. Divergence des droits et plus largement, des systmes de pensŽe auxquels ces droits se rŽfrent. Comment se sont crŽŽes ces divergences quand se formait lÕEurope des nations ? Pour fournir des ŽlŽments de rŽponse ˆ la question, il s'agit d'enquter sur la transition entre l'empire romain, initiateur de lÕEurope ˆ l'Etat (res publica), et les royaumes dits "barbares", issus des sociŽtŽs segmentaires, gentilices et coutumire, ˆ partir desquels se sont b‰tis les proto-Etats nationaux europŽens et leurs traditions juridiques.

                  Notre historiographie est en gŽnŽral assez gnŽe par lՎtude de cette pŽriode, dans laquelle elle voit un surgissement de la barbarie, sans guillemets, et un recul de la civilisation. A part quelques vieux et inquiŽtants fantasmes sur le "sang jeune" ou " le sang pur " des Germains, lÕapport des ethnies nord-europŽennes ˆ la culture europŽenne est considŽrŽ comme nŽgatif : "les invasions". On admet pourtant que durant ces sicles mal ŽtudiŽs Š Ve-XIIe sicles Š sÕest fait lÕessentiel de l'acculturation des peuples "sauvages" dÕEurope encore extŽrieurs ˆ la "civilisation", cÕest-ˆ-dire ˆ la sociŽtŽ des villes et des classes (cf. la collection Transformations of the Roman World). On oublie que les processus dÕacculturation sont dialectique, et que celui-ci transformait la romanitŽ tout autant que la tribalitŽ ; quÕen Europe de lÕOuest cette acculturation avait commencŽ dans le cadre de l'armŽe impŽriale  et quÕelle concernait dÕautres ethnies que les seuls germaniques - Bretons (Irlandais, CalŽdoniens), Scythes (Sarmates, Alains), Maures (Berbres) ou Arabo-Syriens Š; que le processus ne sÕacheva quÕau Moyen-Age classique pour les Scandinaves, les Irlandais, les Ecossais, les Hongrois, les Slaves, les Baltes etc.

                  Alors se crŽrent des formes culturelles mixtes, romano-gentilices, ensuite reproduites comme "franaises", "anglaises", "italiennes", "hongroises", etc.. LÕEurope nÕest pas autre chose, au dŽpart, que ces divers compromis entre dÕune part lÕefficacitŽ dÕun Etat (res publica) et dÕun droit (jus) ˆ la romaine, o la loi est le fait du prince, et dÕautre part les coutumes des sociŽtŽs gentilices qui nՎtaient pas sans avantages pour leurs utilisateurs. Plan du cours :

I Š Partie gŽnŽrale. QuÕest-ce que lÕEurope ?

Quelques dŽfinitions : la tradition gŽographique antique ; la famille linguistique dite indo-europŽenne ; la mythologie.

LÕEurope des nations au Ve sicle, vue du XIXe-XXe sicles : Ē romanisme ou barbarie Č. Histoire, historiographie, idŽologie.

Description dÕune espace historique ˆ ses dŽbuts, voyageurs antiques et voyageurs arabes en Europe de lÕEst (Germaniques, Slaves, Iraniens, Turcs, Baltes et Illyriens). Le Všlkerwanderung.

A lÕOuest, lÕEmpire. Rappels dÕhistoire : le Bas-empire, institutions et sociŽtŽ, contradictions et disfonctionnements.

Les sources. LՎcrit. La documentation institutionnelle, listes (Laterculus veronensis ; liste des "prŽv™tŽs lŽtiques" ; listes Žpiscopales) ; cadastres (Orange) ; codes ; les lois dites barbares. Panorama (des Francs salique, Alba, des Burgondes, des Wisigoths, anglo-saxonnes, des Francs ripuaires, des Alamans, des Bavarois, des Lombards, les traitŽs de droit irlandais, la loi des Frisons, les lois scandinaves, le Miroir des Saxons). Le non-Žcrit : archŽologie (photographie aŽrienne, quotidien, iconographie) ; toponymie (Dauzat, Chambon). Les meta-sources : prosopographie, cartographie historique.

II Š Partie spŽciale. Un proto-Etat Nation disparu : loi et coutume en Bourgogne.

4 Š Rappel dÕhistoire de Bourgogne. Le sort des Ē terres du milieu Č en Europe. Les trois parties (duchŽ, comtŽ, royaume) et les deux pouvoirs (France et Empire). Les Burgondes entre lÕimaginaire (Nibelungenlied) et lÕhistoire (le royaume des Ma”tres des soldats de Gaule).

Les deux lois burgondes : le Livre des constitutions et lÕExposŽ des lois romaines.

Deux domaines examinŽs : la preuve par ordalie ; lÕunion et le mariage.

Conclusion. Les courants culturels au long cours ? esquisses : les "Iraniens" : cavalerie, religion monothŽiste et valeurs aristocratiques ; les Germains : du "parlement" des Saxons ˆ lÕAngleterre, la tradition ethno-dŽmocratique ? les Slaves et la tradition dŽmocratique.

Bibliographie de base : E. Todd, LÕinvention de lÕEurope, Paris 1996. AHJ Jones, The Later Roman Empire, Baltimore 1986. E. Demougeot, La formation de lÕEurope et les invasions barbares I-II, Paris 1969, 1979. P. Geary (2003) Quand les nations refont lÕhistoire, Paris 2004. L. Febvre, Le Rhin, Histoire, mythes et rŽalitŽs (1935) Paris 1997. S. Lebecq, Les origines franque, Paris 1990. H. Wolfram, Histoire des Goths (1979), Paris 1990. M. Rouche, Clovis, Paris 1996. J. Favrod, Histoire politique du royaume de Bourgogne, Lausanne 1997. V. Kouznetsov et I. Lebedynsky, Les Alains, Paris 1997. S. Kerneis, Les Celtiques, Clermont 1998. A. Paloczi Horvath, Pechenegs, Cumans, Iasians, 1989. P. Wormald, The Making of English Law : King Alfred to the Twelfth Century, et Legal Culture in the Early Medieval West, Londres 1999. I. Bona, Les Huns, 2002. J.P. Poly, Le chemin des amours barbares, Paris 2003.